Syrie: Le double véto russo-chinois inaugure un nouvel ordre mondial

 

«Si l’Occident veut un nouveau scandale pour lui-même au Conseil de sécurité alors nous ne pouvons pas l’arrêter», avait dit le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, avant la réunion de l’Onu sur la Syrie, samedi 4 février.

Le «scandale» a finalement eu lieu et l’Occident a reçu une double gifle, russe et chinoise, avec les deux vétos mis par les deux pays au projet de résolution arabo-occidental contre la Syrie.

Une fois de plus, l’Occident, qui ne veut pas croire que le temps de la direction unilatérale des affaires de ce monde est révolu, a tenté de jouer au malin. Les Etats-Unis et leurs alliés ont introduit au texte initial certains amendements voulus par la Russie. Mais entre les lignes, les experts russes ont découvert un piège permettant de rééditer en Syrie la triste expérience libyenne. C’est-à-dire qu’à travers une résolution floue et élastique, votée à l’origine pour la création d’une zone d’exclusion aérienne, l’Otan est passé à une opération de type classique qui s’est achevée par le renversement du régime du colonel Mouammar Kadhafi. L’ambassadeur de Russie aux Nations unies, Vitaly Tchourkine, a révélé que le projet résolution sur la Syrie faisait référence à l’article 42 de la Charte de l’Onu, qui permet un recours à la force militaire.

Ultimes pressions médiatiques

Les rêves de tous les comploteurs contre Damas se sont donc brisés contre les vétos russe et chinois. Pourtant, l’alliance occidentale et ses alliées arabes et de l’opposition syrienne avait lancé une vaste opération de manipulation médiatique dès vendredi soir, pour exercer de fortes pressions morales et politiques sur la Russie et la Chine: les télévisions satellitaires des pétromonarchies du Golfe ont passé en boucle des images de dizaines de cadavres, affirmant que l’armée syrienne avait commis un véritable massacre en bombardant Homs. C’était peine perdue, car toute cette coalition n’a pas compris que la décision de la Russie et de la Chine de s’opposer aux plans occidentaux en Syrie était stratégique et visait à mettre un terme, une fois pour toute, à l’hégémonie impérialiste. Le double véto, le deuxième en quatre mois, jette les bases d’un nouvel ordre mondial, où les pays émergents refusent d’être sous la coupe des Etats-Unis et d’un Occident décadent, incapable d’honorer ses dettes et autres engagements financiers.

Les autorités syriennes ont démenti les allégations de l’opposition, affirmant que les images montrées sont celles de citoyens enlevées et exécutés par les groupes armés (il y a àHoms 400 disparus). De nombreuses familles de personnes enlevées ont d’ailleurs reconnu sur les images les corps de leurs proches assassinés.

Au lendemain du double véto, l’Occident a lancé une campagne hystérique de dénigrement contre Moscou et Pékin. Mais les deux capitales ont réaffirmé leur attachement à leur position. Le secrétaire d’Etat russe aux Affaires étrangères, Gennady Gatilov, a assuré que l’Occident n’avait pas fait assez pour trouver une résolution acceptable par la Russie.

Même déception du côté des monarchies du Golfe, notamment du Qatar. L’éditorial du quotidien syrien Al-Baas, a présenté avec plein de sarcasme ses «condoléances aux comploteurs contre la Syrie, notamment aux émirs du pétrole», pour l’échec de leur plan.

Malgré cette défaite diplomatique cuisante, l’Occident ne lâche pas prise. Nicolas Sarkozy mijote l’idée d’un «rassemblement des amis de la Syrie», et Hillary Clinton jure qu’elle «assèchera les sources de financement syriennes pour l’achat d’armement». La Russie, elle, a dépêché Serguei Lavrov et le chef des renseignements extérieurs à Damas, mardi, pour s’entretenir avec le président syrien Bachar al-Assad.

Pendant ce temps sur le terrain, l’armée syrienne a asséné un coup sérieux aux extrémistes armés en nettoyant la vallée Barada, à 20 kilomètres à l’ouest de Damas.

Au Liban, des unités héliportées de l’armée ont été déployées dans les zones frontalières avec la Syrie pour freiner le mouvement de trafic d’hommes et d’argent entre les deux pays. Le Liban est devenu la principale base arrière des insurgés syriens armés qui harcèlent les troupes régulières.

 

 

Pierre Khalaf

 

Cameroonvoice

 
 
 

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